Des mains singulières.
Mécanique complexe que le créateur a faite à la perfection, la main est confrontée à tous les dangers.
Les miennes, je les ai dans mes poches constamment, surtout quand je n’ai rien à faire !
Eh oui ! Quand j’attends un train par exemple, je les mets dans mes poches. Si je fumais au moins une sur deux pourrait sortir à l’air libre de temps en temps, mais je ne fume pas, alors !
Remarquez, ce que je dis là, c’est parler pour ne rien dire, je ne prends pas le train non plus !
En vérité je ne m’arrête pas souvent. Si, elles pouvaient s’exprimer, elles souhaiteraient peut-être passer leur temps dans mes poches à ne rien faire, qu’à se balader de droite et de gauche constamment. Elles ne rechignent pourtant pas à la tâche qui durant toute une journée peut paraître énorme.
Le matin, après avoir enfilé le gant de toilette, je me lave avec la droite, la gauche n’est pas loin, au cas où ! On dirait qu’elle est jalouse. Alors, pour ne pas perdre la face, prétextant que je risque de perdre l’équilibre, elle s’appuie sur le rebord du lavabo ; c’est vrai que tôt le matin l’équilibre peut être instable quelquefois, mais quand même !
Mes mains aiment à être propres et nettes. Dans le cas où je ne puisse pas les satisfaire, elles rechignent à la tâche et si je les oblige à obtempérer, elles cherchent à s’essuyer à tous les bouts de tissus possibles. Un vrai problème dans le métro, où tout, semble sale. Alors, quand c’est véritablement le cas, elles me quittent l’une après l’autre pour s’essuyer au moindre manteau ou blouson se trouvant à proximité ; dans quel embarras me mettent-elles ! Je suis obligé de me confondre en excuses. On ne dit mot, mais on me jette des regards suspicieux qui en disent long.
Lorsque la porte du bureau franchie, je suis contraint par habitude de faire la bise à mes collègues femmes, mes mains se sentent brimées et cherchent absolument à rentrer en contact avec l’intéressée, d’où l’étonnement de celles-ci qui pensent que j’ai les mains baladeuses.
Le stress du travail aidant, mes mains sont souvent par effet de mimétisme conduites à quelques maladresses mal à propos. Au restaurant l’autre jour, quand, voulant prendre mon verre emplit d'un grand cru de rouge, ma main glissa sur ses rondeurs, et alla à grande vitesse dans un flot continue, arroser la robe initialement blanche de la collègue se trouvant en face de moi ! Les yeux de celle-ci auraient été des canons de fusil, j’étais mort sur le coup.
Que dire de la maladresse, pour ne pas dire de la mauvaise foi, dont elles font preuve lorsqu’elles tapent des chiffres sur ma calculatrice. On les croirait redevable des sommes qui s’affichent ! Mes mains, par délégation à mes dix doigts sont de toute évidence allergiques dès que, suite à quelques chiffres faits de gentilles arabesques et de droites asymétriques, je m’acharne à vouloir y ajouter trop de zéros bien ronds ! Arrivé à la maison, je les sens fatiguées. Elles sont rouges du froid ou du chaud, selon… Alors vient le plaisir pour elles et pour moi du bain bien chaud, dans lequel elles se complaisent nonchalamment.
Penser alors, qu’elles sont arrivées au bout de leur journée, ne leur vient même plus à l’esprit. Elles se sentent revigorées, guillerettes, au chaud à se frotter le dos au drap, tandis que la paume et l’ensemble des doigts jouant de souplesse et d’agilité explorent minutieusement l’épiderme soyeux d’une compagne énamourée, effleurant au passage la courbe d’un sein, le galbe d’une hanche… Elles sont ainsi d’une parfaite mauvaise fois, a avoir rechigné toute la journée et accepter ensuite d’œuvrer au repos du guerrier.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Peinture fait à l'acrylique, d'après une photo .