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  • : desgoutsetdescouleurs
  • : Passionné de littérature, j'écris des nouvelles et autres textes courts. J'ai aussi commis deux romans dont un qui vient de sortir sur Atramenta.net : le long chemin de l'oubli. il est aussi en vente sur Amazon et dans toutes les librairies, digne de ce nom. J'affectionne aussi le dessin,la peinture : Aquarelle-Pastel-Huile, la sculpture sur bois.portraits de leo ferré, brassens. sculpture sur bois
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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 15:22

Une histoire un peu triste, c'est vrai, mais ce n'est pas "les misérables" non plus ! 

 

En ce matin de décembre, le froid était vif et le soleil plutôt timide avait du mal à réchauffer l’atmosphère, tout juste arrivait-il à estomper la tristesse du moment.

Les employés des pompes funèbres venaient de descendre le cercueil dans le caveau. Les quelques voisins présents avaient relevé leur col de manteau et enfourné leurs mains au plus profond de leurs poches. Ils n’allaient pas devoir attendre longtemps avant de les ressortir. La famille avait souhaité que l’on jette, simplement, quelques pétales de rose sur le cercueil. Vint le tour du petit Jean. Il  avait bien observé de quelle manière les grandes personnes avaient fait. «  Il se demanda la signification de ce rituel ?»  Il plongea la main dans le récipient, prit une poignée de pétales et les jeta avec hésitations sur le cercueil.

 

Les personnes présentes s’éloignèrent. Il ne resta avec lui, que sa tante Roselyne. Jean, n’arrivait pas à détacher son regard du cercueil recouvert çà et là de pétales. Il ne put s’empêcher non plus de se remémorer les images de sa mère. Elle était tout, pour lui. Il avait pourtant tenté par tous les moyens de la protéger, comme un petit homme, malgré ses huit ans.

Sa tante, se pencha sur lui, l’embrassa tendrement en lui chuchotant à l’oreille, qu’il fallait maintenant la laisser reposer. A ces mots, son chagrin décupla et ses yeux s’inondèrent de larmes. Jean prenait conscience qu’ils ne seraient plus ensemble. Il ne la reverrait plus jamais. Ils quittèrent tous les deux le petit cimetière, les officiants terminaient leur besogne.

Rentré chez sa tante, il eut bien du mal à chasser ses idées noires. Il avait l’habitude de venir chez elle, surtout, lors des absences répétées de sa mère. Il était accueilli ici, à bras ouverts. Sa tante compensait, probablement ainsi, un désir de maternité non assouvi. Aujourd’hui, était pour lui un nouveau jour. Il savait que plus rien ne serait comme avant. Il choisit de s’isoler…

 

Allongé sur son lit, il se remémora le visage de sa mère. Il l’a revit lorsqu’ils firent cette balade dans les bois. Elle avait le sourire. Et puis l’autre jour… de la semaine dernière, quand ils allèrent dans les magasins. Elle voulait lui acheter un blouson, le même que celui de son meilleur copain. Il lui avait dit un jour, qu’il aurait bien voulu avoir le même. Il savait qu’elle n’avait pas beaucoup d’argent et il lui avait même dit qu’il ne fallait pas ; Qu’il pouvait conserver l’ancien. Elle devait garder son argent pour d’autres dépenses, plus utiles ! Pourtant, certains soirs, il la revoyait plonger la main dans un pot, à côté des livres sur la bibliothèque et en retirer des billets. Après dîner, elle venait lui dire bonsoir, ensuite, elle s’éclipsait furtivement, refermant avec précaution la porte de sa chambre. Plusieurs minutes s’écoulaient, et, il entendait la porte de l’appartement se loqueter et la clé tourner dans la serrure. Il ne disait rien. Mais il avait remarqué que sa mère sortait en ville et rentrait un peu plus tard. Ces soirs là, il avait toujours du mal à s’endormir. Il ne trouvait le sommeil, qu’au moment de son retour, lorsque la porte se refermait.

Un soir, entrouvrant la porte de sa chambre, il l’avait vu rentrer. Elle serrait fermement quelque chose dans sa main gauche. C’était tout ce qu’il avait pu apercevoir.                       Ces lendemains là, au matin, il était obligé de préparer seul ses affaires, pour aller en classe. Elle n’apparaissait qu’au moment de son départ, la mine blafarde, les yeux exorbités. Elle avait la démarche hésitante et le regard dans le vague. A sa vue, il restait le plus souvent pétrifié. Au lieu de se jeter à son cou et l’embrasser, il sortait de l’appartement en claquant la porte et courait vers l’école.

Un soir, elle lui dit bonsoir, puis comme d’habitude, elle sortit. Il ne chercha pas à la guetter. Il savait qu’elle était parti dépenser ce qui lui restait d’argent. Lorsqu’il  entendit la porte s’ouvrir, il fut quand même rassuré. Il craignait tellement, qu’un soir elle ne rentre pas. Le lendemain matin, au moment de partir à l’école, il s’attendait à la voir apparaître… Elle ne se leva pas. Il eut cette pensée : « que c’était peut-être mieux ainsi, tellement elle avait trop mauvaise mine le matin. Il valait mieux qu’il ne la vit pas ». Il sortit pour aller en classe.

Le soir, chose inhabituelle, sa tante l’attendait à la sortie de l’école. Il comprit tout de suite, en la voyant, qu’un accident grave avait eu lieu.

 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 14:42

      

 

 

Il n’avait paru manifester aucune émotion aux funérailles de sa tante, pourtant à la façon brutale, qu’il eut de  tourner la clé dans la serrure de la porte d’entrée, on décelait une grande nervosité. Personne au village n’aurait pu comprendre les liens qui le liaient à sa tante.

Il était de plus en plus décidé à faire cesser les rumeurs malveillantes qui traînaient sur lui.

 

Lorsqu’il était arrivé, la veille de la cérémonie, il avait marché dans les rues du village, cherchant à y retrouver un visage connu. La tentative était compromise d’avance. Les années passées et l’oubli avaient fait leur œuvre. Il n’avait vu que des rideaux se tirer derrière des fenêtres closes, des persiennes se fermer et quelques regards suspicieux, adressés à l’étranger qu’il était devenu.

Dans cet univers restreint de petit village de campagne, tout le monde se connaissait et le moindre faux pas était souvent mal interprété. Il a trouvé normal de venir aux obsèques de sa tante, pour qu’elle ait derrière son corbillard, autre chose qu’une ribambelle de mauvaises langues. Il y était d’autant plus obligé, qu’elle n’avait plus de famille en dehors de lui…! Alors quand l’hôpital l’avait appelé pour lui dire qu’elle était bien fatiguée, il avait compris à demi-mot ce qui allait advenir.

Certains bons paroissiens, mais grandes mauvaises langues, ne s’étaient pas gênés de dire presque tout haut, que : s’il était revenu là, c’était pour rien d’autre que l’argent. Il faut dire, qu’il n’a jamais été bien vu dans le village et cela avait toujours été, même gamin, quand il venait passer ses vacances d’été, on se moquait de lui, on le traitait de « petit parigot ! » 

 

Sa tante l’aimait beaucoup, mais ne lui passait rien. Les relations s’en trouvaient quelquefois tendues. Il avait la sensation, d’ailleurs confirmée par la suite, qu’ils l’envoyaient chez la tante, non, comme ils le prétendaient, pour le bon air pur de la campagne, mais pour être tranquille pendant les grandes vacances.

 

Il n’avait pas laissé tout le monde indifférent, dans le bourg, le petit parigot ! – Demandez donc à la Louise. Elle vous dirait autre chose ! – Elle se plaisait bien avec lui, même qu’à l’époque, cela avait faillit faire scandale. Tout le monde disait qu’ils couchaient ensemble. Il avait dix sept ans et elle quinze, ça faisait baver les garçons du bourg ! A tel point, que le parigot repartit chez lui, ils avaient mené la vie dure à la Louise. Ils ne lui adressaient plus la parole. Tous la boudaient, pourtant, c’était une belle fille. Sa famille non plus n’était pas appréciée ici – Ils ne sont pas du pays, ceux là –, disaient-on d’eux.

Quelques années plus tard, elle avait même dû partir à la ville pour trouver du travail. Ses parents suivirent le même chemin. Ils ne sont jamais revenus.

Aujourd’hui, alors qu’il venait à l’enterrement de sa tante, on le regardait d’un drôle d’air. Un peu comme si, il avait commis un crime et les femmes du bourg, en bonnes langues de vipères qu’elles étaient, le lui faisaient bien sentir.

Il avait réglé la cérémonie dans les moindres détails, froidement, lucidement, prenant les voisins de la tante pour ce qu’ils étaient. Il n’avait eu à leur intention aucun égard particulier.

 

Il était de retour après la cérémonie, dans la vieille maison. Il rechercha dans le bric à brac laissé par la vieille dame, les quelques petits souvenirs qui auraient pu lui rappeler ces moments de vie passée. Pensant en particulier à un petit cadre dans lequel, il se rappelait avoir mis une photo de « Louise », mais ne le trouva pas. Il reprit sa voiture pour rentrer chez lui, dans sa lointaine banlieue parisienne. Résigné il se disait : – je savais au fond de moi, que je ne le retrouverais plus jamais.

 

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 22:17

 Bonbons amers

 

            Elle était en train de se morfondre sur le trottoir de ce grand boulevard, seule dans la nuit à cet endroit. Le port tout proche, exhalait  comme d’habitude des relents nauséabonds d’huile usée et de poisson putréfié. En cette soirée d’automne, elle n’avait pas chaussé ses talons aiguilles, mais des bottes qui lui tenaient chaud au pied, çà compensait la minijupe de circonstance, lié à l’univers rauque, dans lequel elle était enferrée, depuis quelques années.

 

            Elle avait eu, une jeunesse dorée, ne fréquentant que des gens « comme il faut », qui venaient en toute occasion, faire salon chez ses parents. Ainsi, elle y jouait du piano, à la grande fierté de sa famille.                                                                                                                                                   Elle avait fini par exécrer toutes ses mondanités et ces gens. C’est ainsi qu’un beau jour, elle avait claquée la porte de la maison, s’offrant une période buissonnière. Sa vie, dès qu’elle eut quitté le carcan familial se résuma à faire des petits boulots, trouver un logement, ce qu’elle obtenu assez vite et pour parfaire le tableau, un amant, voir plusieurs. Elle pris goût à cette nouvelle vie très libertine, « il faut bien que le corps exulte disait-elle !» Ensuite, la débauche allant de soi, c’était devenu sa règle de vie.                                                                                                                                                  

             L’étape suivante fut la plus cocasse, le nouvel élu étant un homme de vingt cinq ans son aîné. Elle l’avait rencontré, contrairement à l’habitude, en allant acheter des bonbons.     

             Il était en effet confiseur ! Tout de suite, ils avaient tous les deux « accroché » Lui était un célibataire endurci, qui ne sortait jamais en dehors de son univers professionnel. Il était paralysé par une timidité maladive et avait toujours beaucoup souffert de cette solitude des sentiments. Il essayait ainsi de vaincre son embarras.                                                                      

 

Ainsi, il avait jeté son dévolu sur cette femme qui lui parut si avenante, et même très aguichante. C’était  la première fois, se disait-il, qu’une femme lui souriait de cette façon ! Il avait, chose rare, immédiatement engagé la conversation et obtenu de la rencontrer l’après-midi suivant, dans un salon de thé. Il en était venu au fil des rencontres, à la combler de cadeaux, il devançait même ses désirs ! Peu à peu, les rencontres furent plus fréquentes, et se terminaient immanquablement, dans la chambre d’un hôtel voisin. L’habitude prise, devint pour lui presque vitale, à tel point qu’il commença à délaisser son commerce. Il le confiait les après-midi de gaudriole, au bon soin d’une vendeuse, qu’il avait recruté à la va-vite. Lorsque celle-ci ne pouvait pas lui rendre ce service, il fermait purement et simplement la porte pour courir à son rendez-vous.                                                                                            

 

Il en fut tellement épris qu’il n’eut de cesse de lui proposer la vie commune, lui vantant qu’il avait une affaire en plein essor, les moyens qu’elle soit heureuse, mais elle ne le voulait pas, sans oser lui dire.             Il se disait confiseur de renom. Homme d’affaire avisé, mais vaniteux, persuadé des suites heureuses de sa brillante carrière, il avait l’aplomb du petit bourgeois de province, au ton tranchant à l’égard de ses concurrents.

            Dans le landerneau de la confiserie locale, il était plutôt mal considéré, méprisant ses rivaux, avec l’habitude qu’il avait  toujours eu, de vouloir les défier au plan professionnel. C’est vrai qu’il était bon confiseur, voir reconnu au-delà des limites de sa ville, mais quelquefois il allait quand même un peu trop loin, les critiquant même sur leur vie privée et les déviances que quelques-uns avaient eu dans le passé.

            Il n’en fallait pas tant, pour que les jalousies, ajoutées à la soif de vengeance fissent leurs œuvres ; ainsi, peu à peu circula un bruit selon lequel, un commerçant avait des fréquentations douteuses, amplifié par les commères du quartier.

Une de ses voisines proches entra, un matin, dans sa boutique et l’air de rien lui dit en gloussant :                                                                                                                                        on en apprend de bien bonnes ! Il paraîtrait qu’un commerçant de la ville, fréquenterait les prostituées ! Vous saviez ?...

             Il n’eut qu’un haussement d’épaule, et d’un air faussement dubitatif lança, pour répondre à ce qu’il estimait être des balivernes ; qui cela peut-il bien être ?

            La commère en fut pour ses frais, et quitta le magasin sans mots dire.

            Le lendemain matin, alors qu’il se rendait dans un magasin faire quelques courses, il fut agacé par des ricanements fait sur son passage. Les jours suivants, se rendant l’après-midi, à ses rendez-vous galants, il eut encore l’impression  que les gens, dans la rue, se moquaient de lui, tournant même la tête de  côté avec un sourire narquois.

            Cela devenait de plus en plus accablant, il ne pouvait se mouvoir en dehors de chez lui, sans que derrière lui quelqu’un ricane.

            Ces concurrents, rigolaient bien du pétrin dans lequel il s’était mis. Certains même, se disaient, « que peut-être on pourrait le déboulonner du piédestal sur lequel il était depuis tant d’années. » Ainsi, certains n’hésitaient plus à venir le narguer en  sifflotant au passage, devant sa boutique. Tout ce qui pouvait le desservir, au point d’en devenir crapuleux, paraissait bon à ses ennemis pour l’enfoncer un peu plus. Ainsi, il n’eut plus goût à sortir la journée, retrouver celle qu’il aimait, de peur des moqueries.

            Désespéré par cette solitude forcée, il se résolu un soir à laisser son travail pour aller noyer son chagrin, dans je ne sais quel liquide sirupeux.

            C’est alors, que se dirigeant vers le port, il aperçut sur le boulevard, la jeune femme de sa connaissance, se pencher  à la vitre d’une voiture, qui venait de ralentir à sa hauteur…

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 13:43

             

 

            Il n’avait pas assez d’aller en classe cinq jours sur sept, il fallait le condamner à prendre des cours particuliers ! Le pauvre aurait préféré, comme ses petits camarades, utiliser son temps libre à jouer dans le parc de loisirs voisin de chez lui. Il pourrait s’asseoir sur le tourniquet qu’un papa bienveillant n’hésiterait pas à lancer et ensuite, le pas mal assuré, car la tête tournant un peu, grimper dans l’enchevêtrement de tubulures savamment disposé à leur intention et ainsi aller le plus loin possible, sentir le zéphyr souffler tout en haut. Jouer au grand, devant des parents peureux ou faisant semblant de l’être, prêts à voler à leur secours, lors d’une improbable chute.

            Malheureusement pour notre jeune garçon, penché sur son devoir, il gribouille à l’encre bleue sur son cahier des semblants de réponses à la question posée par l’étudiante, en charge de ces cours : que veut dire  « Pomiculteur »

Il a bien une idée qui lui chatouille l’esprit : c’est peut-être quelqu’un qui cultive des pommes se dit-il !... Non, après réflexion, il n’y croit pas, ce serait trop facile !...répondre aussi vite n’est pas dans ses habitudes !

            C’est quand même pas aussi compliqué qu’une charade !

            Il jetterait bien l’anathème sur cette fille ; le torturer ainsi avec ces questions ! Elle aurait pu doser un peu mieux la difficulté quand même ! pomi… culteur… po…mi…cul…teur ! Il a vraiment un pépin, il n’y comprend plus rien ! Un vrai sac de nœuds. En plus, elle écoute un disque sur son lecteur CD, les écouteurs sur les oreilles en me regardant avec son air doucereux, on dirait qu’elle est sur une autre planète ! Elle ferait mieux de faire sa reconversion en disque jockey. Il a un sentiment encore inavoué de vengeance. La journée n’est pas finie, le parc n’est pas encore fermé, il va falloir faire vinaigre, sinon c’est foutu pour aujourd’hui !

            De désespoir, il écrit sur la feuille souillée de ses gribouillages : pomiculteur, c’est quelqu’un qui cultive des pommes. Le garçon amène le cahier sous le nez de la jeune fille qui le scruta distraitement en enlevant ses écouteurs, en s’exclamant : Il y est quand même parvenu !

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 09:46
Ce texte a été écrit sur fond musical de Vangélis (1492) d'où le titre. Très rares sont les fois où j'écris de cette façon, je prefère et de loin le silence absolu, mais que voulez-vous, celui-ci m'inspire des rêves de grandeur !
On peut toujours rêver !...



 

            Sept heures du matin, dehors le ciel est gris, il tombe des hallebardes. Attablé devant un petit déjeuner Freddo est mal réveillé et comme tous les matins il a du mal à refaire surface. Il attend  que le grille-pain ait fait son œuvre et qu’il puisse enfin beurrer ses tartines. Un merci timide, dit comme d’habitude entre ses dents est adressé au patron qui vient de le servir. En retournant vers le bar, il lui branche le juke-box pour mettre un peu d’ambiance.

 

 Quelques secondes plus tard un rythme saccadé sort des baffes. L’œil de Freddo s’éclaire, l’oreille est à l’affût, maintenant les cœurs à l’unisson le mettent sur la voie ou plutôt sur la vague ! Il est sur la mer !... et s’imagine être un de ses marins au long court… capitaine glorieux de caravelles ou autre nef, comme la Santa-Maria !…                                       

Il n’a pourtant jamais mis les pieds sur un bateau, mais son imagination remplace aisément son ignorance. Il se voit bien faire le tour de son bateau, de fond en comble. Vérifier que le quintelage est bien équilibré et les vivres bien rangés. Il s’imagine ensuite remonter sur le pont, pour faire les manœuvres de voiles. Il ira ensuite se réconforter, en s’abreuvant du bon vin d’Espagne qu’il a embarqué à bord, dans ses dames-jeannes.                                                                                                                                             

 

Il finit d’ingurgiter son petit déjeuner en rêvassant, tellement lentement, que le café est maintenant froid, mais peu importe, il est sur les flots en vue d’une côte imaginaire ! Il est Christophe Colomb, Cortès et Pizarro à la fois, suivi de son équipage, arpentant l’adret de la côte, par un beau soleil austral. Lorsque le morceau atteint son apothéose, que les cœurs donnent toutes leurs forces ; c’est pour lui, les hochets de la gloire, il s’attendrait presque à voir quelques paparazzis en mal de clichés pour attester de sa célébrité. L’invraisemblance ne le surprend même pas. Il est transporté !                                                                                            

 

La musique s’est estompée et a laissé la place au silence. Le patron n’a pas remis d’autres morceaux. Peu importe, cela n’aurait eu que peu de chance de lui plaire. Freddo s’apprête à quitter les lieux pour aller au travail. Froid ou chaud, le café ne lui a pas fait l’effet escompté. La blancheur marmoréenne des tables de marbre blanc le surprend et lui fait plisser les paupières !

            Va t’il lui falloir un décodeur, pour affronter la dure réalité des calculs de taux d’inflation ? Néanmoins il sort, dehors le ciel est toujours aussi gris et il pleut autant que tout à l’heure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 17:06

Épitaphe

 

 

Il était là, immobile, sa grande carcasse figée, comme statufiée, les mains plantées au plus profond des poches de son manteau de laine grise défraîchie, le regard plongeant vers le sol. Depuis qu'elle n'était plus là, il se laissait aller.      

 

Ses voisins l'observaient sans lever le petit doigt, après tout, ce n'était pas leur affaire, mais ils le méprisaient quand même un peu, le critiquant sans ménagement. Ils trouvaient qu’il donnait trop d'importance à des choses bien futiles, alors que d'autres, que l'on soit sentimental ou pas, auraient eu plus d'importance. Il faut mettre les choses à leurs vraies places, comme ils disaient !                          

 

Il était pourtant attaché aux deux, mais sans nul doute, plus à l'une qu'à l'autre. Ce matin, il restera comme toujours, longtemps devant l'une, alors que l'autre, n'aura droit qu'à un regard de passant compatissant.


          Bien que parfaitement immobile, dans ce froid immense de novembre, il se remue les souvenirs, et quels souvenirs ! Il se la remémore, toujours caressante, docile, comme il aimait la voir, c'était l'avantage avec elle, pas avec l'autre… Il se la rappelle pétillante, avec sa frimousse rousse. Elle était toujours vêtue de blanc, quelquefois chaussée de noir tout dépendait de ses pérégrinations matinales. Elle n'était jamais lasse de caresses et de marques d'affections, toujours plus il lui en fallait, l'autre faisait mine de ne pas en vouloir, elle en n’obtenait jamais.                                                                                                               

Plongé dans ses souvenirs, il se dit en lui-même « qu'on s'attache plus facilement aux êtres généreux, prêt à obéir à la baguette, fussent-ils des animaux de compagnie, qu'à des êtres humains rétifs, inconditionnels de l'indépendance. » 
                                 
                                                                 

Avec elle, il aura eu de bons moments et reçu beaucoup de tendresse, de quoi rendre folle l'autre là, la Marie !

 

Sur la petite dalle était gravé :                                                                                    Arrêtes-toi ici.                                                                                                           Ta petite chienne Calie repose à tes pieds.

Je sais que tu ne m'oublies pas

Mais, pense aussi aux autres

Ils ont aussi droit à ta peine.

 

 

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 13:22

 

Les murs sont bleu clair, la couche sur laquelle je suis étendu est recouverte d’un drap blanc qui semble traîner par terre ; en dehors de cela, il n’y a rien d’autre, pas un meuble, pas une chaise.

La dernière infirmière qui est venue m’a appelé, je ne sais plus comment !...je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle a dit. Elle est repartie sans rien dire, les mains dans ses poches. Elle n’a même pas rempli le petit flacon duquel sort un tuyau qui vient à mon bras et où il semble collé, pourtant, il paraissait bien vide. Je ne le sens même pas sur mon bras. Je ne me sens pas les jambes non plus. Je ne peux pas les bouger, pourtant, je suis libre ! Je ne suis pas attaché !...Je voudrais bien remuer les jambes pour aller marcher, mais rien, c’est pourtant pas le vide, le sol n’est pas bien loin !

J’ai bien essayé de m’appuyer sur mes coudes et me relever le haut du corps pour voir par la fenêtre. L’intention y était, mais rien ne s’est passé. J’ai beau faire le tour, une seule chose fonctionne. Oh, presque rien ! Je peux remuer les paupières. J’ai l’impression d’être vidé après tous ces vains efforts. Affalé sur le lit, J’ai la sensation d’être une chose creuse, sans poids, qui pourrait s’envoler au moindre courant d’air. J’ai la sensation, maintenant, que mon corps flotte, ondule légèrement, provoquant la fermeture de mes paupières, à la manière des poupées d’antan qui, lorsqu’on les mettait en position allongée, abaissaient les paupières pour  nous faire croire qu’elles dormaient.

Un rayon de soleil m’éblouit alors que je me réveille, des tuyaux me sortent du nez, de la bouche. Des bruits plus ou moins réguliers me bourdonnent dans les oreilles, une sonnerie retentit un peu plus loin, une porte s’ouvre, une blouse puis deux blouses blanches arrivent et puis rien, le vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:55

Le rouge est parait-il la couleur des volontaires ! Alors madame qui ne doute pas d’elle-même a choisi de poser pour un photographe. Celui-ci a tendu derrière elle, un drapé de satin rouge, identique en tout point à la robe qu’elle porte à cette occasion. Elle est assise sur un tabouret de bar, jambes croisées et mains jointes posées sur ses genoux. L’absence de contraste pense-t-elle, jouera en sa faveur, masquant ainsi les bourrelets qui la boudinent.                                                                                                                       Elle se la joue grave, rehaussant du menton pour se donner un air supérieur. Dommage qu’en la circonstance, sa chevelure brune, en contraste avec la pâleur de son visage, fasse ressortir les rides, que le temps, légataire incontournable lui a laissé en héritage.

 

 

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:53

C’est un homme sans âge, encore que…Ses cheveux gris, qu’il a plaqués et peignés à l’arrière n’ont pas vu de ciseaux experts depuis bien longtemps, à tel point que ses oreilles, largement décollées, semblent être là, à seule fin de les retenir. Son front couvert de rides ondoyantes s’en trouve dégagé, dominant ainsi, un visage anguleux et quelque peu triangulaire. Ses sourcils très fournis se rejoignent presque sur la base du front dans une forme de grand accent circonflexe qui domine, dans leurs cavités orbitales, des yeux gris bleu à demi-ouverts. Des rides descendent en cascade du coin des yeux vers la bouche et rebondissent à la commissure des lèvres pour échouer au bas du menton, elles donnent ainsi l’illusion d’une vieille pomme ridée. Au dessus de sa bouche, qui semble n’avoir jamais esquissé le moindre sourire, une petite moustache blonde essaie de jouer l’élégante.                                                                                                          

Il a le regard un rien fataliste de celui qui accueille le destin comme il vient. À l’observer, on imaginerait un homme que le travail a abandonné sur le bord de la route...

Pourtant, l’espoir, se trouve paradoxalement derrière lui, sur un calendrier accroché au mur, démontrant qu’il a encore à faire au temps qui passe et qu’il faut bien le respecter pour aller travailler.

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 08:43
Cette nouvelle est conçue sous le forme d'un journal intime. Le héros principal est un jeune garçon d'une dizaine d'année qui relate la vie au quotidien chez lui, à l'époque de la première guerre du Golfe. Cette nouvelle a fait l'objet d'une parution dans un recueil collectif de nouvelles, il y a quelques mois.


 

 

 

 

 

 

 

 

Ma guerre du Golfe.

 

 

Dimanche 6 janvier 1991

 

Ça fait longtemps, que je n'ai pas écrit dans mon carnet à secrets. Il va bien falloir essayer de rattraper tout le retard. La dernière fois que j'y ai écrit, c'était le 27 juillet, après nous sommes parti en vacances avec mes parents. On est allé en Provence, à Sault, chez papy et mamy comme les autres années. Je me demande pourquoi on va jamais à la mer, nous ? Pourtant quand l'été, à la radio, on parle des embouteillages, c'est pour dire que les gens du nord vont dans le sud en vacances. On raconte toujours qu'ils vont à la mer. Nous sommes comme les autres, nous venons du nord, enfin, pour papy c'est le nord. Pour moi qui connais la géographie, "je suis le meilleur de la classe ", Tours, c'est pas le nord, mais pour papy, si ! Maman, est d'accord avec moi, mais je crois qu'elle dit ça pour me faire plaisir! Dans le fond, elle doit préférer le sud, elle y est née !    C'est à cause du boulot de papa, maman l'a suivi. Elle a laissé la culture de la lavande à ses parents. Enfin, on est en vacances là-bas, pour un mois. Pour maman, c'est pas des vacances, elle est toujours rendue dans les champs avec papy. Je comprends pourquoi il est content de nous voir arriver, c'est le moment de récolter la lavande, avec maman il a de l'aide. Quand elle est rentrée des champs à midi, mamy lui a dit : " t'es toute ébouriffée ma pauvre fille". Moi, je dirai bien qu'elle est coiffée à la dynamite ! Maman a rit, mais je vois bien qu'elle est fatiguée. Elle a plus l'habitude d'être pliée en deux. Elle économise pas ses efforts pour aider. La seule économie qu'elle fait, c'est le parfum. Elle empeste la lavande ! Pourtant c'est une jolie fleur la lavande ! Je sais qu'avec ils font du parfum, mais ce serait mieux de la laisser dans les champs, ça dessine des grandes rayures bleues dans le paysage.

Pendant ce temps là, Papa va à la pêche dans le petit ruisseau qui passe à côté de la maison. Il paraît qu'il y a des truites dans ce ruisseau. Papa, il en a jamais ramené une seule, même qu'a un moment il en a eu marre, alors il a dit  comme ça, tout haut, pour que maman entende, " je crois bien, que c’est histoire de demander l’autorisation sans vraiment la demander" que demain, il ira plus loin. Il a même parlé de m'emmener avec lui. Maman a répondu oui, pourquoi pas. De toute façon, maman dit jamais non à papa. On est arrivé depuis deux jours, papa n'a pas beaucoup de patience, pourtant quand on est pêcheur il faut en avoir ! C'est lui qui me l'a appris ! Alors, nous y sommes allé tous les deux et au retour, on était quand même bredouilles.

Le mois d'août, dans la famille, c'est un mois important. Presque tout le monde y a son anniversaire, il parait que c'est le hasard ! Papa  52 ans, maman 38 ans et moi 11 ans le 2. J'ai aussi une moitié de frère, enfin le fils que papa il a eu avec une autre dame… avant ; il s'appelle Nicolas. Lui, il est du mois de septembre. Pour papy et mamy je sais pas, en tous les cas, pour eux, c'est la fête. Et je suis le premier sur la liste, de quoi espérer plus, vu que je suis petit. J'ai remarqué qu'il y a toujours plus de cadeaux quand on est le plus jeune. J'ai eu droit aux bisous de tout le monde, aux cadeaux  et aux bons gâteaux. Il n'y a que papa qui, depuis ce matin, paraît bizarre. Il a toujours l'oreille sur la radio, faut rien lui dire, sinon il bougonne et remonte le son, c'est à ce moment là que j'ai entendu que le Koweït avait été envahi par les soldats de l'Irak. Une fois les infos passées, il s'est relevé, l'air soucieux. Maman lui a jeté un regard bienveillant. Elle a toujours un gentil regard, même avec moi quand je fais une bêtise, enfin, a condition qu'elle soit pas trop grosse quand même. Comme dit mamy, c'est toujours comme ça avec les petits derniers, on les chouchoutent de trop. Là j'ai pas bien compris parce que moi, pour maman, je suis le premier…à l'école !

Bon enfin… Pour le regard triste de papa, je crois avoir compris, à la longue. Ils ont passé tout le temps du repas à parler de ça " de la guerre". Papa s'inquiète parce que, s'il y a la guerre, Nicolas, qui est militaire risque d'y aller.

Maman, a beau dire que non pour le tranquilliser, elle a peur aussi, j'ai l'impression !

Au début septembre, il y a eu la rentrée des classes. J'ai retrouvé tous mes copains, sauf un : Romuald. Il a changé d'école. Il a déménagé dans une autre ville, c'est pas grave, de toute façon c'est mieux comme ça ! Il était toujours à tourner autour de Delphine, ma meilleure copine après ma petite chienne. Oui, j'ai oublié de dire que pendant les vacances nos voisins à Sault, ils m'ont donné une petite chienne, une épagneul breton, qu'ils viennent d'avoir. Une bretonne en Provence, bizarre, mais il parait qu'il y en a partout des bretons et des bretonnes, partout…

Bref, jusqu'à Noël, tout s'est bien passé à l'école. Oh ! Y a peut-être eu des trucs, mais pas graves, sinon je m'en rappellerais, enfin, je peux oublier, comme dit mamy, "l'erreur est humaine" !

Les fêtes de Noël se sont bien passées. Nicolas est venu nous voir. Il a passé Noël à la maison. Maman a moins le sourire avec lui qu'avec moi et puis papa alors, il a pas du tout le sourire. Tous les deux ils sont toujours en train de se disputer à cause du Koweït. J'ai cru comprendre, mais j'en suis pas sûr, que Nicolas veut être volontaire pour y aller. Il a même dit que comme ça : il montera en grade et il gagnera plus d'argent. Papa lui a répondu qu'il pourra aussi finir entre quatre planches et une médaille militaire posthume. J'ai pas bien compris le mot… Je sais pas trop ce qu'il veut dire, de toute façon, une médaille entre quatre planches…

Aujourd'hui, c'est le jour des rois. On va avoir droit à la galette ! Papy et mamy sont venus. Ils viennent pas souvent en Touraine, à cause de la lavande. La lavande, c'est plutôt l'excuse, je crois. C'est plutôt papy qui aime pas trop monter vers le nord, il a peut-être peur de le perdre ! On est cinq à la maison, du coup. Ils vont rester toute la semaine prochaine avec nous. Papa est sous pression, rapport à la guerre, on dirait que c'est lui qui va la faire, ça l'avance à quoi de s'énerver comme ça ! Nous sommes tous occupés à croquer notre part de galette quand papa a mis sa main à sa mâchoire en émettant un grognement sourd, j'ai l'impression qu'il s'est pété une dent sur la fève, voilà tout ce qu'il a gagné. Il est parti à la salle de bain voir les dégâts. Il a pas fini de crier. Maman elle bouge pas. Elle laisse courir, l'habitude.

 

Lundi 7 janvier.

Me voyant endosser mon cartable, mamy me déclare avec un air moqueur. C'est bien beau les vacances, mais ça peut pas durer tout le temps ! On a vraiment l'impression à voir sa mine réjouie, qu'elle l'a dit du genre "moi j'en suis débarrassé, à ton tour d'y aller" Sûr qu'elle a pas dû y aller longtemps à l'école. Y à pas besoin du bac pour cultiver la lavande !                                                                                   Le soir, mamy est venue m'attendre à la sortie du collège, pour me raccompagner à la maison. La honte ! En plus elle est arrivée avec ma petite épagneul, je l'aime bien ma chienne, mais alors là, j'ai eu l'air bien, moi qui voulait raccompagner ma copine chez elle ! Il a fallu que je me tape la grand'mère…Classe ! Trêve de plaisanterie, il va falloir que je m'arrange pour que demain elle ne vienne pas. Je vais essayer de monter un coup avec maman, elle devrait comprendre, elle.

 

Mardi 8 janvier.

Hier soir, j'ai réussi à convaincre maman, d'empêcher ma grand-mère de venir me chercher au collège. Le soir au dîner, c'est encore revenu sur le tapis, papa il en a encore pas fini avec le Koweït. Il affirme : qu'il faut préparer la guerre pour avoir la paix, "ça doit pas être de lui cette phrase", et puis après, il ajoute "il faut foutre sur la g…à Saddam et après il se plaint que mon demi-frère veuille aller la faire ! Il est pas logique ! Papy, je vois bien, à chaque fois que papa relance ça, il lève les yeux au ciel, d'un air !... Il va finir par regretter d'avoir laissé sa lavande.

 

Mercredi 9 janvier.

C'est mercredi, aujourd'hui, papy et mamy veulent m'emmener au jardin botanique. C'est rasoir, ils cultivent toute l'année des fleurs ; d'accord là, ils vont voir autre chose que de la lavande, mais c'est de l'obsession ! Obsession, ça c'est un mot que je connaissais pas avant-hier. On l'a étudié en classe. Il était dans un texte. Ça veut dire : avoir une idée fixe. Justement, aujourd'hui, papy il l'a bien l'idée fixe, ça a même fait fâcher mamy. Elle a trouvé qu'il marchait vite et elle lui a dit de ralentir. Je crois que c'est surtout parce qu'elle trouvait qu'il avait le regard fixé sur la belle fille, qui marchait devant nous dans la rue. C'est vrai, je l'ai vu, il a même failli se manger un poteau qui était au milieu du trottoir. Il l'avait pas vu ! C'est vrai qu'elle avait des belles jambes ! Tu parles, papy s'était mis à marcher au même rythme que la fille, tellement il était attiré, alors il a vite pris quelques mètres d'avance sur mamy. Il a pas perdu le nord, alors, comme elle continuait de se plaindre, il s'est retourné au sud et il a répondu à mamy : qu'après tout, c'est pas parce qu'il était au régime, qu'il avait pas le droit de regarder le menu. Mamy, elle a rigolé. Moi, j'ai pas tout compris…Oh ! Ça doit être la jalousie ! Alors moi, je me suis retourné vers mamy et je lui ai expliqué : qu'est-ce que t'en sais, tu irais devant, il en ferait autant avec toi ! Elle a haussé les épaules et secoué la tête comme une girouette…

 

Jeudi 10 janvier.

Ce matin il n'y a que les grands-parents qui ne soient pas levés. Les parents ont l'air de se faire la gueule. C'est vrai qu'hier soir ils se sont engueulés à cause de Nicolas, et peut-être aussi de Saddam et du Koweït. Je les ai entendus de ma chambre, c'est la pièce d'à côté. Y en a marre, vivement que ça se termine. Y a pas que là-bas qu'il va y avoir la guerre si ça continue, ici aussi. Papa, proclame qu'il va plus y avoir d'essence si la guerre est déclarée. Que les terroristes vont venir faire sauter le métro, parce qu'on veut leur faire la guerre. Je crois bien que ça a réveillé papy. Il vient de descendre les escaliers en titubant à moitié, pourtant il engage la conversation comme-ci il avait été là depuis le début. Sitôt arrivé il dit : mais ça va pas être la fin du monde, on en a vu d'autre, t'as pas fait la guerre mon pauvre, t'aurais vu ! Il a pas parlé sur le ton de la plaisanterie, mais c'est sûr, ça a bien changé l'atmosphère. Ils ont remis le nez dans leur bol de café et puis, après, papa est parti au boulot. Je suis resté avec papy et maman. Ils ont rien dit devant moi, mais dès que je suis remonté pour me préparer, ils se sont remis à discuter bruyamment. Lorsque je suis redescendu avec mes affaires pour aller en classe, ils ont baissé le ton, mais ils n'ont pas l'air d'être d'accord.

Pas de chance en classe aujourd'hui, il y a deux heures de géographie et devinez sur quel sujet c'est tombé ? : L'Irak et le moyen orient !

Quand je suis rentré ce soir du collège, papa était rentré du travail. Ils sont tous en train de parler de Nicolas et de son départ. Ils sont en train de se plaindre de pas avoir reçu de courrier de lui depuis les fêtes. Maman clame : on lui a bien demandé de nous tenir au courant, qu'on sache au moins. Ils sont tellement occupés par leur conversation, qu'ils ne m'ont même pas vu. Y en a que pour Nicolas, toujours lui.

 

Vendredi 11 janvier. 

Aujourd'hui, quand je suis rentré, il n'y a que mamy à la maison. Je suis un peu en colère qu'il n'y ait personne ce soir quand j'arrive. Alors je suis monté directement dans ma chambre suivi de ma petite chienne. Mamy m'a demandé si la journée s'était bien passée ; c'est bien la seule à s'en inquiéter. Je lui ai répondu, tout en montant l'escalier que, oui. Je me suis mis à faire mes devoirs et puis j'ai lu. Plus tard, j'ai bien entendu qu'on m'appelait, mais j'ai fait celui qu'avait pas entendu ; quand je suis arrivé, ils étaient déjà au milieu du repas. Maman s'est fâchée en me disant, que je devais descendre quand on m'appelait. Alors fâché, j'ai dit que j'avais pas faim. J'ai parlé à personne pendant le repas et rien mangé non plus, malgré l'insistance de maman. C'est ce soir là, que mes grands-parents ont demandé s'ils pouvaient rester une semaine de plus à la maison. Maman a répondu que oui, au contraire, comme ça ils pourront lui planter les pieds de lavande qu'ils ont amené et qui sont en train de se dessécher dans la cave, parce qu'avec tout ça…j'ai pas demandé ce qu'elle voulait dire par "tout ça", mais, je me doute que c'est encore à cause de Nicolas.

 

 

Samedi 12 janvier.

Ce matin j'ai classe, c'est la barbe. Quand je suis rentré à midi, j'ai trouvé que papy et mamy. Les parents sont partis voir mon demi-frère. Ils m'ont rien dit. Il est dans une caserne à cinq cents kilomètres de chez nous. Ils auraient pu m'emmener. Ils ont dû avoir peur que je les supplie pour aller avec eux, alors ils ont décidé de partir pendant que j'étais en classe. Tu parles…moi je passe toujours après les autres ! Si ça continue, je vais faire comme eux, partir sans rien dire, ils vont voir !                                                                                          Je vais faire comme mon copain  Romain, il est parti une fois et ils ont mis deux jours avant de le retrouver. Romain, nous a tout raconté un jour où il avait de la nostalgie. Il en a souvent de la nostalgie. Il est toujours triste. Il se mélange jamais aux autres, alors évidemment un jour ça a débordé ! Il avait même été surpris qu'on le recherche comme ça ! Il avait pas pensé que ses parents remueraient ciel et terre pour le retrouver. C'est surtout, quand il a vu des pompiers plonger dans un étang à deux pas d'où il était caché. Il avait été les voir et leur avait demandé ce qu'ils cherchaient ? C'est comme ça qu'ils l'ont retrouvé, mais il nous a certifié qu'il aurait pu tenir bien plus longtemps !... Moi, je le crois pas, surtout qu'il est pas très costaud, comme dit mamy qui l'a vu l'autre jour "il n'a que la peau sur les os, ton copain." C'est sûr, moi, je suis plus fort que lui ! Alors ses parents ont été très gentils avec lui, maintenant ils le chouchoutent et tout… c'est normal ils avaient remué ciel et terre, enfin le ciel c'est pas sûr, je sais pas comment ils auraient pu faire, la terre c'est déjà pas facile…

 

Dimanche 13 janvier.

Depuis hier on a pas entendu la radio. Papy m'a dit : ton père est pas là, on l'allumera pas, ça nous fera des vacances.

Les parents rentreront sûrement tard ce soir, je me demande ce que papy et mamy vont prévoir comme occupation pour la journée.

Aujourd'hui en plus, il pleut, ça va pas arranger les choses. Papy a déjà pas beaucoup d'imagination d'habitude, alors là, on est pas foutu. On est sûr d'une chose : on ira pas au botanique ! Je vais essayer de les brancher cinéma. Le problème c'est qu'on a pas le journal, alors, j'ai affirmé à papy que sans le journal, on saura jamais les films qui passent…

J'ai l'impression de l'avoir bien arrangé Papy que je dise ça. Il a souri et il a pas hésité une seconde. Il est sorti en trombe. Mamy a même été surprise, tout de suite après, elle a dit : "il aurait pu t'emmener avec lui !" J'ai haussé les épaules et j'ai dit que j'avais pas envie de sortir ce matin. Vu son air, elle m'a pas cru. C'est vrai qu'il aurait pu m'emmener, d'autant qu'en échange il peut aller boire un coup au bar du coin et fumer ses cigarettes sans se faire disputer par mamy.

De toute façon on s'occupe jamais de moi, personne ! Du coup je suis en colère contre eux tous. Je suis monté dans ma chambre commencer à préparer tout. Les parents sont rentrés, nous étions à table en train de dîner. Ils ont dit qu'ils étaient fatigués et qu'ils avaient pas vu Nicolas, il était parti en manœuvre. Ils sont pas contents, mille kilomètres pour rien ! Moi j'ai rien dit, mais, j'ai pensé que c'est bien fait pour eux !

 

Lundi 14 janvier

Ce matin, la radio a repris de la voix. Papa écoute avec attention ce qui se raconte dans le poste, même que de temps en temps, il rajoute un commentaire. Il a même proclamé qu'il allait acheter une petite télé pour mettre dans la cuisine  Papy, il m'a chuchoté à l'oreille pour pas qu'il entende : manquerai plus que ça ! Tant et si bien que papa, en oublierait presque d'aller au travail ! Il avait pas encore bu son café, que maman lui a dit : "t'as vu l'heure ? tu vas être en retard !" Il a bougonné et il est parti vite fait. Je suis remonté dans ma chambre pour me préparer et après je suis parti aussi. Quand je suis rentré le soir, papy était dans le jardin, en train de planter la lavande. Papa couvait la radio, tellement il était monté dessus. Il est de plus en plus fébrile, c'est vrai que les américains, en ce moment, font genre compte à rebours. Il y a un ultimatum pour le 16 et si les irakiens partent pas du Koweït, les américains et nous, on va leur faire la guerre. J'ai été retrouver papy dans le jardin. Il m'a dit que les femmes de la maison étaient parties faire du lèche vitrine. Ce soir on a dîné dans la salle de séjour, d'habitude c'est dans la cuisine, mais papa voulait suivre les infos et comme les femmes sont rentrées tard, il les aurait ratées.

 

Mardi 15 janvier

C'est toujours la même chose, tous les jours la même chose ! Faut se lever et aller en classe, manger à la cantine du collège à midi, reprendre les cours ! Cet après-midi, en plus, il y avait sport pendant deux heures. C'est vraiment fatiguant l'école. Quand je pense que mamy rigolait quand elle m'a vu partir ce matin, qu'elle en rajoutait même en disant : "allez la jeunesse, profitez-en". Vraiment ça déchire ! Ce soir en rentrant, c'est pas mieux, je trouve tout le monde bizarre. Ils ont tous le sourire, même papa qui malgré qu'il soit toujours scotché à la radio, arrive à me décocher un sourire. J'arrive pas à y croire !

Voyant ça, j'ai voulu monter dans ma chambre. C'est vrai quand on comprend pas tout, il y a que ça à faire, mais ils m'ont dit : non, reste avec nous ! Alors, c'est de plus en plus grave, d'habitude ils me regardaient pas, il y en avait que pour Nicolas et maintenant ils veulent que je reste avec eux !...

Alors, je suis revenu sur mes pas et c'est là qu'ils m'ont montré la lettre que leur avait envoyé Nicolas. Ils l'avaient reçu ce matin. Il disait qu'il avait bien réfléchi. Ils avaient raison, il n'ira pas faire la guerre en Irak. J'ai esquissé un sourire pour rallier l'ambiance générale, maman et papa s'embrassaient, papy et mamy n'osaient pas trop, à leur âge, ils devaient se dire que ça se faisait pas ! Enfin, ils l'ont pas fait.

 

Mercredi 16 janvier

L'ambiance ce matin est normale. Papa avant de partir au travail est toujours penché sur son poste. Le compte à rebours approche de sa fin. Il ne parle plus d'acheter une télévision pour la cuisine, au grand soulagement de maman. Papy et mamy sont toujours pas levés, la joie d'hier soir a dû les  fatiguer ! Ce matin j'ai demandé à aller voir Delphine. J'ai raconté qu'il me manquait un devoir, alors, j'irai le copier chez elle. Maman a tout de suite été d'accord. C'est une excuse ! C'est pas vrai, il me manque rien ! Chez Delphine, y a des jeux, pas à la maison, alors pour s'amuser un peu…

 

Jeudi 17 janvier

Ce matin quand je me suis levé, tout le monde était dans la salle de séjour à regarder la télé, en prenant le petit déjeuner. J'ai compris aux images que la guerre en Irak avait commencé. Papa avait remonté le son, pourtant, il y a assez de bruit comme ça. J'ai rien osé dire, il aurait encore remonté le son !                              Ce matin, avant même de partir de la maison, j'ai comme un mauvais pressentiment. Y a des jours, où je voudrais bien qu'ils fassent grève, les profs, parce qu'à tous les coups, ce matin et pendant deux heures, celui d'histoire géo va nous ressortir, le moyen orient, les pays arabes, la guerre en Irak, le moyen orient, les pays arabes !... J'en entends assez à la maison, ça commence à me fatiguer !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

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