Passionné de littérature, j'écris des nouvelles et autres textes courts. J'ai aussi commis deux romans dont un qui vient de sortir sur Atramenta.net : le long chemin de l'oubli. il est aussi en vente sur Amazon et dans toutes les librairies, digne de ce nom. J'affectionne aussi le dessin,la peinture : Aquarelle-Pastel-Huile, la sculpture sur bois.portraits de leo ferré, brassens. sculpture sur bois
Le petit Léo était assis sur les gravats, à jouer avec ce qu’il trouvait parmi les déchets : cailloux, ferrailles et bouts de ficelle. D’ailleurs, ici, il n’y avait que des détritus en tous genres. Au sol, des plaques de béton disjointes et fendues en de multiples endroits avaient permis à quelques brins d’herbe d’y reprendre leur droit ; tout ressemblait à une friche industrielle sans intérêt. Seul Léo se trouvait bien à être ici. Pourtant le quartier n’était pas aussi désert que cela. De l’autre côté du mur, on entendait des bruits ! Toute la journée, ce n’était que brouhaha… comme dans une cour d’école. Des gens parlaient, d’autres hurlaient. Des pleurs se faisaient même entendre, quelquefois.
Léo avait bien essayé du haut de son mètre trente de voir entre les parpaings. Il avait amené tant bien que mal une grosse pierre près du mur et était monté dessus, mais impossible de voir quoi que ce soit ! Il n’était même pas parvenu à la hauteur de la rangée de parpaings. Faute de voir, il avait bien essayé d’écouter ce qui se disait de l’autre côté, mais n’avait pas tout compris à cause de la cacophonie des conversations. Il avait même cru déceler que certaines personnes ne parlaient pas français.
À ses questionnements, ses parents avaient parlé de prison. Des voisins avaient dit : rétention. Il connaissait à peine ces mots et, ce qu’ils pouvaient signifier vraiment. Il n’en savait au juste rien du tout et, ce qui l’intriguait le plus était de ne pas savoir. C’est pour cela qu’il était attentif à cette vieille femme qui malgré les patrouilles de police, était en train de se crever les yeux à regarder par les fissures des parpaings disjoints.
Tous les jours, il la voyait venir et au même endroit, regarder à travers le mur. Il avait même cru l’autre jour qu’elle avait crié un nom. Il ne se rappelait plus lequel ! Ensuite elle avait attendu et se donnant une claque sur les hanches comme pour exprimer son dépit, elle était repartie, disparaissant rapidement au coin de la rue. Il se disait que demain il la reverrait, comme il l’avait vue depuis plusieurs jours déjà, toujours habillée pareillement avec son chapeau, son manteau défraîchi et son air triste.
Pendant ce temps, il rassemblait ses bouts de cordes et essayait de les nouer les uns aux autres – il n’en faut pas beaucoup quelque fois pour occuper un enfant – encore que là, Léo semblait avoir une idée derrière la tête. Voir cette vieille femme triste venir inlassablement tous les jours rôder près de ce mur lui laissa penser qu’elle essayait de rentrer en contact avec des gens de l’autre côté, qu’elle devait en connaître… peut-être, des parents proches !... Il se rappela que les premières fois, elle était venue avec un sac à provisions plein, mais depuis plusieurs jours, peut-être à cause des nombreuses patrouilles, elle arrivait les mains vides, comme sans espoir. Voulait-elle toujours faire passer quelque chose de l’autre côté ? Léo, s’affairait à rallonger sa corde, centimètre après centimètre. Il avait calculé qu’il lui en faudrait au moins six mètres, s’il voulait que la corde atteigne l’autre côté. Il n’était pas rendu au bout de ses peines !...
Plusieurs jours s’écoulèrent encore, et, malgré les rondes fréquentes la vieille femme arriva comme à son habitude, dans son vieux manteau où Léo aperçu pour la première fois, « il ne l’avait jamais vue d’aussi près », peut-être aussi parce qu’elle l’avait cousue sous le revers du col : une étoile jaune. Elle s’était accoutumée à la présence de l’enfant, en ce lieu et ne fut pas effarouchée lorsqu’il lui montra la corde et lui fit comprendre qu’avec on pouvait peut-être envoyer quelque chose de l’autre côté.
La vieille femme recouvra un timide sourire, promettant de revenir tout de suite avec ce qu’il fallait.
ce moment là, il était le milieu de l’après-midi et en attendant son retour, il rabouta encore sa corde, se disant que plus il y en aura, mieux ce sera, mais la vieille dame ne revint pas et la nuit arriva.