Passionné de littérature, j'écris des nouvelles et autres textes courts. J'ai aussi commis deux romans dont un qui vient de sortir sur Atramenta.net : le long chemin de l'oubli. il est aussi en vente sur Amazon et dans toutes les librairies, digne de ce nom. J'affectionne aussi le dessin,la peinture : Aquarelle-Pastel-Huile, la sculpture sur bois.portraits de leo ferré, brassens. sculpture sur bois
Elle vient de sortir de sa cellule, bien hésitante, la démarche encore mal assurée, mais elle veut quand même prendre l’air, çà la changera de son univers surchauffé.
Elle se dirige vers la porte de sortie, qui à vrai dire l’amène sur une sorte de promontoire avec vue panoramique sur la campagne alentour. Elle s’avance jusqu’au bord extrême du balcon, elle a ainsi une vue plongeante qui lui donnerait presque l’impression de dominer le monde, et, aussi la sensation inverse d’être une toute petite chose, face aux arbres gigantesques de la forêt avoisinante.
C’est le printemps dans toute sa splendeur. Un ciel bleu agrémenté çà et là de petits nuages blancs joliment pommelés, si peu nombreux qu’ils permettent au soleil de darder de ses rayons ce petit matin et ainsi réchauffer l’atmosphère.
Pour sa première sortie, elle choisit de ne pas trop prolonger et rentre sagement à l’intérieur. Elle a du travail, malgré sa faiblesse bien compréhensible. Il a été décidé d’agrandir la demeure afin de loger de nouvelles consoeurs. Elle ne comprend pas bien, pourquoi, il faut toujours construire de nouveaux logements, alors que, certains soirs, certaines de ses collègues plus âgées ne rentrent pas, et laissent ainsi un logement vacant. Ma foi, se dit-elle, ce n’est pas à moi de décider ! « La hiérarchie » de la maison doit bien savoir ce qui doit être fait !
Elle a aussi trouvé bizarre que de temps à autre on lui dise d’aller voir ailleurs dans d’autres étages et quand elle a enfin, le droit de revenir sur les lieux, les logements sont occupés et murés.
Notre résidente pourtant très travailleuse ne comprend pas cette façon dont « sa hiérarchie » a de se servir d’elle sans lui demander son avis ! Oh ! bien sûr, il lui a été intimé l’ordre de donner à manger aux nouveaux locataires, ce qui lui permet au passage de prélever sa dîme. Elle a par le fait accepté cette tâche avec obéissance.
Depuis sa première sortie, il s’était écoulé une vingtaine de jours et elle n’avait pas remis le nez dehors travaillant sans relâche dans une ambiance surchauffée et bruyante.
Lorsqu’elle reçut sa première promotion, elle eut quand même un peu le trac. Il s’agissait pour elle d’aller courir la campagne avec ses congénères. Elle, comme beaucoup d’autres n’ont jamais fait cela et elle fut bien ennuyée ! Elle essaya néanmoins de relativiser ; après tout, aménager des logements, elle n’avait pas fait cela non plus avant et puis elle y était bien parvenue, ses gestes étaient presque automatiques, presque instinctifs, personne ne lui avait montré comment faire et c’était venu tout seul, alors….
C’est donc avec un mélange de résignation qu’elle aborda le grand précipice au delà du promontoire. Elle attendit sur le bord, lâchement, qu’une autre commence avant elle, pour voir, et puis tout d’un coup, poussée par un flot incessant de travailleuses aguerries, le vide se trouva sous elle. Elle essaya bien de se rattraper, mais il n’y avait rien que le vide. Elle se débâtie de ses ailes toutes neuves et c’est ainsi que notre abeille trouva enfin le bonheur de la vie au grand air.