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  • : desgoutsetdescouleurs
  • : Passionné de littérature, j'écris des nouvelles et autres textes courts. J'ai aussi commis deux romans dont un qui vient de sortir sur Atramenta.net : le long chemin de l'oubli. il est aussi en vente sur Amazon et dans toutes les librairies, digne de ce nom. J'affectionne aussi le dessin,la peinture : Aquarelle-Pastel-Huile, la sculpture sur bois.portraits de leo ferré, brassens. sculpture sur bois
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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 10:54

 

 

 

À compte d’éditeur

 

Les gendarmes ! annonça-il à Madeleine avec un peu de panique dans la voix. Ils n’eurent guère le temps de réfléchir, qu’ils entendirent « ouvrez, s’il-vous-plaît Gendarmerie ! » L’un des gendarmes somma Georges de se vêtir et de les suivre. Elle entendit les portières claquer, les véhicules s’éloigner, laissant place au silence qui recouvrit à nouveau la campagne encore endormie. Madeleine restait seule. Elle gambergeait… Ils n’ont pas perdu de temps, pensa-t-elle…

 

L’entourage proche du couple connaissait leur désir de changer de vie et de vivre plus proche de la nature. Lors des réunions familiales, les conversations revenaient sur ce sujet comme un leitmotiv. Perçus par beaucoup comme une boutade, personne n’avait songé à demander des détails.

 

La cinquantaine tous les deux, sans enfant, une situation apparemment stable ; rien, sinon cette envie irrépressible de partir, ne pouvait laisser augurer une telle rupture. L’effet à l’annonce de leur départ, avait aussi surpris leurs collègues de travail qui en restèrent cois.

 

Ils roulèrent en dilettante avec leur 2 CV pendant plusieurs jours, sans autre but que celui d’aller en direction du Sud de la France. Ils étaient confrontés pour la première fois, depuis bien longtemps, à l’inconfort des nuits à la belle étoile. Elles étaient plutôt fraîches et la voiture trop exiguë pour y dormir confortablement. Pourtant, ils attendaient d’arriver dans un lieu agréable pour installer un campement plus durable. Georges et Madeleine ne donnèrent aucunes nouvelles à la famille et aux amis. Ils avaient coupé les ponts avec leur vie d’avant !

 

Ils avaient fini par échouer dans un petit village isolé du Larzac, disposant d’un modeste camping. Ils avaient quand même de quoi y planter leur vieille canadienne, dont la toile délavée avec de-ci, de-là quelques traces de moisissures laissant supposer qu’elle n’avait pas du servir depuis des lustres. Désormais, tout semblait précaire. Ils avaient négocié le tarif de leur séjour, sans en préciser la durée exacte. Le prix semblait avoir été fait à la tête du client et ils ne devaient pas avoir mauvaise tête, puisqu’il était pensèrent-ils, ridiculement bas ! Le principal pour eux, était de voir le séjour durer le plus longtemps possible. Georges avait même pensé qu’étant assez manuel il pourrait, si besoin, faire des petits boulots : du jardinage pour des petits vieux ou n’importe quoi autre. Pour lui ça n’avait aucune espèce d’importance.

   

La famille s’était questionnée sur les démarches à faire pour les ramener à la raison. À la gendarmerie, les fonctionnaires qui les avaient reçus leur avaient conseillé d’attendre encore un peu, qu’il fallait prendre patience, ne pas se lamenter, ils allaient bien réfléchir et se rendre compte que tout cela n’était que folie… De toute façon, avait rajouté un des fonctionnaires, si nous lançons une recherche et qu’elle aboutit, nous ne pourrons pas les obliger à revenir. Ils sont adultes et libres de leur choix !

Devant ce vide, la famille décida d’investir le domicile des fuyards pour mener leur petite enquête. Espéraient-ils trouver une trace de leurs destinations ?

Découvrir dans le fond d’un tiroir la piste laissée sur leurs intentions véritables et si le projet était aussi flou qu’ils avaient bien voulu le laisser entendre ? D’ailleurs, comme le pensait l’un d’eux : – pourquoi nous ont-ils laissé les clefs ?

Ils se regardèrent tous, mi-figue, mi-raisin sur ce qu’il fallait en penser.

 – C’est bien vrai, dit le frère de Georges

 – Ma parole, c’est vrai ça, dit un autre !

Ils hésitèrent encore un moment, puis l’un d’eux alla chez lui chercher les fameuses clefs.

Ils se mirent à fouiller la maison de la cave au grenier, en quête du moindre indice. L’un d’eux ayant pénétré dans le bureau, convaincu qu’il y trouverait quelque chose, en ressortit bien déçu. C’est en fouillant une autre chambre qu’un des participants, pourtant dans les moins convaincus sur l’utilité de cette recherche, trouva dans un tiroir d’une des tables de nuit ce qu’il pensa être un indice. C’était un tapuscrit, de ce qui semblait être un roman. Seulement il était rayé en diagonale par un coup de crayon vigoureux et l’annotation en gros caractères « nul ». Cela mit l’eau à la bouche d’un peu tout le monde. Enfin ils avaient une piste ! Madame écrivait un roman ! Il lut les toutes premières pages et en déduisit que c’était plutôt un bouquin à l’eau de rose. En son for intérieur, il n’était pas étonné d’y voir inscrit : « nul », il trouvait ce genre de livre plutôt niais.

D’ailleurs l’excitation passée, alors qu’il remettait le document à sa place, il eut un petit coup de fatigue et se mit à bailler aux corneilles. Il n’était pourtant pas au bout de ses peines… dans le tiroir inférieur de l’armoire normande, il trouva encore des écrits. Il y en avait tant – il en débordait presque – qu’il en poussa un soupir de lassitude... « Si je dois lire tout ça, je vais en avoir ma claque avant peu, se dit-il ! »

 

Un sentiment d’inquiétude indicible régnait, lorsque tous se retrouvèrent dans la pièce principale de la maison, pour faire le bilan des recherches. L’un d’eux avait trouvé une grande enveloppe décachetée, renfermant un tapuscrit et une lettre d’éditeur. À lire sa prose, elle ne laissait aucun doute sur la fin de non-recevoir qui lui était destinée. Un autre avait une liasse de relevés de banque, dont le solde débiteur abyssal expliquait peut-être la disparition du couple. Tous restèrent perplexes… Qu’allait-il advenir maintenant à nos deux fuyards ?

 

Madeleine apprit par les commérages, qu’un crime avait été commis dans le petit bourg. Selon les dires enregistrés par les gendarmes, Georges avait été reconnu sur les lieux du crime ; il était donc le suspect numéro un !

Madeleine était atterrée ! Avoir fait tout ce chemin pour se mettre au vert et se retrouver au banc des accusés, alors qu’il n’avait de toute évidence rien à se reprocher, dans une région qu’ils ne connaissaient pas et où ils avaient eu du mal à s’intégrer... Il était facile de tout leur mettre sur le dos ! L’enquête dura plusieurs semaines pendant lesquelles, elle se mit à écrire tout ce qui pouvait lui passer par la tête sur l’histoire horrible qu’ils étaient en train de vivre. Du côté de l’enquête, les choses commençaient à se décanter. Les gendarmes ne disaient rien, mais elle était suffisamment intuitive pour deviner que les nuages commençaient à s’estomper au dessus de sa tête.

La presse par contre en fit beaucoup et l’affaire se répandit comme une traînée de poudre dans tout le pays. Au point que dans leur village d’origine, la famille consternée par la tournure des évènements, tout en étant soulagée de les avoir ainsi retrouvés, se préparaient à les soutenir.

 

Depuis l’arrestation de son mari, Madeleine qui avait toujours eu le démon de la plume rédigeait le récit de leur aventure, car c’en était bien une ! Cela prenait de plus en plus de volume. Lorsque l’affaire fut éclaircie, le vrai coupable arrêté et Georges libéré, elle y avait mis le point final. Il s’était écoulé deux mois pendant lesquels il avait été en prison pour rien, tel un bandit de grand chemin. Il retrouva sa famille venue l’accueillir et tous, sans exception, rentrèrent chez eux.

La seule gratification obtenue, suite à cette aventure malheureuse, fut qu’un éditeur de renom la joigne au téléphone et lui demande l’autorisation d’écrire un livre sur leur histoire. Il avait même envisagé de le faire rédiger par un nègre. Elle rejeta la proposition d’emblée, assurant son interlocuteur qu’elle n’avait nul besoin de ce service, mais qu’elle allait lui remettre sans tarder son tapuscrit. Il accepta et six mois plus tard sa sortie faisait les premières pages des journaux spécialisés, ainsi que toutes les devantures de librairies. Il lui avait fallu cette malheureuse histoire pour mériter d’être éditée à compte d’éditeur et ainsi régler ses dettes !

 

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